Exclusif : à Tournus, politesse et serviabilité existeraient toujours

Pardonnez-moi, je suis dijonnais. Personne n’est parfait, me direz-vous. Par exemple, chez nous on n’aime pas trop les beaunois : on les trouve froids et pédants. Eux doivent nous prendre pour des péquenauds, sachant qu’on est — au sens littéral — à des lieues de savoir faire du vin. (Enfin, il existe bien un « coteaux-de-Dijon » mais il ne rivalisera jamais avec un hautes-côtes-de-Beaune.) En France, c’est de bonne guerre, ailleurs ils sont toujours plus nuls. Alors quelle n’a pas été ma surprise, en arrivant en terre tournusienne, …

… de constater que les gens étaient nettement moins souvent impolis que par chez moi. J’ai toujours eu un look que l’on pourrait qualifier de « vaguement alternatif ». L’on pourrait croire que, dans une grande ville où une jeune fille sur deux a les cheveux roses et des piercings, le fait de porter un perfecto et d’arborer quelques tatouages, surtout quand on n’a pas une carrure de lutteur de foire, passerait complètement inaperçu. Grossière erreur. Je ne saurais vous dire combien de fois de petites dames à fourrure ont changé de trottoir dare-dare à ma seule vue de loin, ni, surtout, combien de fois j’ai été tout simplement déçu ou blessé par le comportement de mes contemporains.

"Une victime de la politesse", dessin paru dans "Le Charivari" de février 1852.

« Une victime de la politesse », dessin paru dans « Le Charivari » de février 1852.

Car voyez-vous, j’ai grandi dans le respect, fort naturel me semblait-il, de la politesse envers son prochain. Je dis bonjour, je tiens la porte, je laisse passer les dames et je descends du trottoir devant une personne âgée. Eh bien vous n’imaginez pas combien de fois, dans ma ville quasi-natale, on m’a ignoré, snobé, regardé de travers ou carrément jeté des regards furieux pour avoir osé proféré des salutations : Dieu me préserve, une espèce de punk me dit bonjour. Cerveau, que faire ? D’accord, je le regarde comme ça, voilà, et surtout je me tais. Ah et ne pas oublier de faire la gueule. OK. Je retiens le protocole pour le prochain. Regard-silence-gueule. Easy. Eh bien à Tournus, 6 000 habitants, j’ai cru que les choses seraient pires encore. Ça m’apprendra à avoir moi-même quelques a priori : les tournusiens (et leurs voisins) sont des gens ouverts. Il est bien rare que mes « bonjour ! » ne soient accueillis que par un silence glacial. Rare qu’une petite dame ne me remercie pas ou ne me fasse pas un sourire quand je l’invite à passer devant. Et ce matin, en compagnie de mon épouse et malgré mon perfecto et mon Stetson à tête de mort, j’ai eu droit à la démonstration ultime que OUI, au moins à Tournus, la politesse et la serviabilité existent encore.

Je peinais, à pied, sous le poids d’un sac de 18 kilos de miam-à-chien quand un aimable monsieur d’un certain âge, du genre d’âge à partir duquel on pourrait commencer à se méfier des gars à perfecto et têtes de mort, s’est gentiment arrêté à côté de nous dans sa voiture pour nous demander jusqu’où nous devions trimbaler notre fardeau. Sans qu’il ait eu besoin de l’exprimer, il était sous-entendu que, si besoin, nous n’avions qu’à grimper et qu’il nous rapprocherait de notre destination. Mais voilà : nous n’avions que quelques mètres à parcourir pour aller faire une autre petite course. Aussi l’avons-nous abondamment remercié pour sa sollicitude, avant de reprendre notre court chemin.

Malheureusement, nous n’avons pas croisé d’autre bon Samaritain (enfin là, on est carrément dans la catégorie Super Samaritain) quand il s’est agi de rentrer une fois encore plus chargés, après l’achat d’une étagère. Mais je garderai longtemps en tête le sourire de cet anonyme, qui s’est juste inquiété, fort humainement, de voir un autre être humain plié en deux sous la flotte et sous 18 kilos de croquettes. Merci à vous, cher monsieur, si d’aventure vous lisez ces lignes aujourd’hui ou un jour prochain. Et merci à tous les tournusiens qui font que, ah oui certes il y en a des « pas top » comme ailleurs, mais la vache, le jour où je quitterai cette petite ville, vous allez beaucoup me manquer.

Une réflexion au sujet de « Exclusif : à Tournus, politesse et serviabilité existeraient toujours »

  1. Gaëlle

    OMG !! notre punk alternatif,qui fait dans la guimauve !! On aura tout vu !!! Non, sans rire ça fait du bien de lire ton article !!

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