Tournus : une nouvelle disparition programmée ?

En ce matin du 18 mai 2016, je me promenais aux abords du Pas Fleury, où est sis le CADT, acronyme pour Centre d’Animation de Tournus. Un accueillant petit bâtiment en bois, à l’accès joliment arboré de petits buissons. On y travaille actuellement à installer des toilettes extérieures pour le boulodrome voisin. Le bâtiment, pour sa part, accueille entre autres le Cercle de l’Amitié, qui propose diverses animations aux personnes âgées.

Façade du CADT, à Tournus

Façade du CADT, à Tournus

Or des bruits de couloir tout récents laissent entendre que la disparition du CADT est en projet — comme tous bruits de couloir, il convient de préciser qu’ils sont à prendre au conditionnel en attendant une éventuelle confirmation officielle. Jamais n’en ai-je entendu parler avant, ce qui m’étonne, en ces temps de fronde contre les diverses disparitions à venir : Madeleine Palace, La Palette, etc. Alors pourquoi le CADT mourrait-il en silence ? Faute d’adhérents, peut-être ? Le résumé de la dernière assemblée générale, placardé dans l’entrée, dément cette hypothèse. Le nombre d’adhérents et d’ateliers est stable sur les trois dernières années. La réponse est plus terre-à-terre qu’une simple défection progressive. C’est une question d’argent.

Car occuper les personnes âgées, ça coûte. Non, l’information n’est pas toute nouvelle, mais la municipalité entendrait apparemment bien rogner aussi sur les Scrabble et les galettes des Rois. Le petit vieux présente plusieurs avantages : d’abord il est discret. Si on lui supprime ses activités, il ne manifeste pas, en vieux qu’il est, même pas capable de tenir une pancarte deux minutes sans fatiguer des bras. Ensuite, il paye des impôts. Alors si ça peut rapporter sans coûter, c’est tout bénef’, n’est-il pas ? Le calcul semble évident, de prime abord. Occuper les seniors, c’est un luxe dont on peut se passer. Sauf que…

Extrait du compte-rendu de la dernière AG.

Extrait du compte-rendu de la dernière AG.

Sauf que, croyez-en mon expérience, une personne âgée que l’on occupe régulièrement à faire turbiner ses méninges, c’est une personne âgée qui reste en meilleure forme. C’est un senior qui demandera des soins plus tardivement et moins longtemps. C’est un contribuable qui terminera ses jours autrement que dans la solitude et/ou la démence et qui pourra verser son écot à la collectivité plus longtemps, tout en étant content de le faire. Supprimer l’assistance directe, préventive, intellectuelle et sociale aux seniors à l’échelle locale, c’est tout simplement diminuer de petits coûts pour la municipalité et basculer des coûts bien plus importants sur les épaules de l’Etat. En clair, ce sont toujours les contribuables qui vont payer, sauf que la somme prélevée finira dans le traditionnel trou de la Sécu au lieu d’impacter le budget municipal. On déshabille Pierre de son petit bonnet de débiteur pour mettre un bon gros pull d »hiver à Paul et, dans le même temps, on peut se féliciter de maîtriser un budget sans pour autant créer la moindre contestation sociale.

J’émets une nouvelle fois toutes les réserves nécessaires quant à l’authenticité de l’information, en ces temps où l’on entend les rumeurs les plus folles, comme celle parlant d’une salle polyvalente aux dimensions herculéennes à Tournus. Haha. Celle-là, elle est bien bonne. Bref. Attendons et voyons si la mairie coupe ce robinet. Attendons l’infirmation espérée et, dans le cas contraire, attendons impatiemment les justifications qui accompagneront la confirmation. En attendant, ne nous perdons pas en conjectures et gageons que notre mairie verra l’évident intérêt qu’il y a, pour tous, à conserver nos « petits vieux » en pleine forme, capables de nous mettre minables au Scrabble.

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