Revitalisation du centre-ville: un œil sur le modèle idéal: Louhans

LouhansC’est comme un juron dans l’église, je sais, mais je veux quand même vous parler de la ville de Louhans comme exemple euh, exemplaire d’une ville qui a réussi à se prendre par la nuque pour se tirer de la boue. Oui, Louhans! Là-bas, à la campagne, loin de la vie sophistiquée des tournusiens. Cette semaine, j’ai eu une longue conversation avec un louhannais pur sang, et grand connaisseur de la vie locale louhannaise, qui m’a expliqué comment ils ont fait, les Brrrrrressans. Dans ce discours je vais essayer de rester loin de la politique locale qui nous intéresse beaucoup moins que la grande ligne de l’histoire. Allez zou!

Les vitrines blanches

Commençons en 2012, quand Louhans faisait des études pour la construction d’une zone commerciale et l’extension des grands supermarchés comme moyen pour redémarrer l’économie local. On a même conduit une étude sur la consommation parmi 300 louhannais. Le maire, Rémi Chaintron dans le temps : «  Il y a trop de vitrines blanches. Grâce à l’étude menée auprès des consommateurs (NDLR : 300 personnes ont été interrogées à Louhans cet été), nous allons pouvoir solliciter de grandes enseignes nationales en leur montrant, chiffres à l’appui, qu’il y a des parts de marché à prendre.  » On pensait utiliser la Tascom (taxe payée par les grandes surfaces commerciales pour aider le commerce et l’artisanat) pour compenser les pertes inévitables des commerces du centre-ville. (article JSL). Dans la même année on parlait d’une zone commerciale plus importante, mais il y avait déjà des frileux. Dixit Christine Buatois, présidente de l’association de commerçants Louhans gagnant : « Avec une nouvelle zone commerciale, on peut perdre l’équilibre que nous avons entre petits et grands. C’est déjà très limite à cause de l’ouverture des supermarchés le dimanche. » (source JSL).

Situation actuelle

Maintenant, on est 2016, quatre ans plus tard, Sur le blog du nouveau Maire Frédéric Bouchet (aussi président de l’association des commerçants et gérant de Isa Immobilier sous les arcades), on peut lire : «  Notre ville attire les investisseurs et notre offre commerciale se développe, y compris en centre ville (…) les vitrines blanches ont presque toutes disparu.  » Les nouvelles dans le JSL semblent corroborer ces mots d’auto-congratulation : s’installent depuis peu au centre-ville de Louhans : MDA électroménager, une poissonnerie (ou, jaloux !), une parfumerie Beauty Succès (en contrepoids pour les poissons, j’imagine) mais aussi un Biocoop, un nouveau garage de voitures de classes moyenne et luxe et un magasin de décoration intérieure. Il n’y a presque plus de vitrines blanches. La demande de commerces est énorme, ainsi que l’afflux de nouveaux habitants et entreprises industrielles qui voient que Louhans bouge.

Mais… comment ont ils fait?

Mon interlocuteur m’explique qu’il y a plusieurs aspects à cette réussite louhannaise. Je les partage avec vous.

  1. Une rue commerciale à double sens
    Pendant un moment, Louhans avait changé la Grande Rue en sens unique et les gens n’ont pas aimé – les commerçants non plus, qui sont allés jusqu’à la destruction des panneaux de circulation. Alors, c’est de nouveau dans les deux sens. Parfois, c’est le bordel, les rétroviseurs se tapent, mais tout le monde qui veut peut venir au centre, à proximité des magasins. D’ailleurs, ils ont aussi mieux aménagé les espaces de parking pour faire plus propre.
  2. Parking gratuit de 17H00 à 19H00
    Une idée surprenante, mais une idée qui marche. Beaucoup de gens qui travaillent rentrent vite-fait en ville pour faire leurs courses et n’ont pas forcément envie de se trimbaler vers un compteur incompréhensible pour verser leurs deux pièces d’argent au grand Mammon municipal. Un vrai boost pour les commerçants de proximité : le tabac, la librairie, les bouchers et autres magasins d’alimentation. Plein de mamans qui passent vite-fait pour stocker pour le repas du soir. Des mamans qui, alors, ne vont pas sur le grand parking convivial (PAS !) du supermarché.
  3. Événements festifs
    Les commerçants se sont bien associés aux événements qui vont vivre le centre. Les animations de Noël, la Fête de la musique… Mais aussi les promotions. Les commerçants sont rigoureux dans le support de la carte de fidélité. Il y a entre 8 000 et 9 000 cartes actives et on voit que les commerçants se sont investis de la mission pertinente de demander à chaque fois : «  Vous avez la carte  ?  », histoire de dire aux clients : « On vous aime, on vous donne un petit plus, achetez et surtout, revenez ! »
  4. Volonté politique affirmée qu’il n’y aura PAS de nouvelles grandes surfaces
    Comme vous avez pu lire au début de cet article, il y a eu naguère le projet d’un grand temple commercial. Ce projet a été rangé dans des cartons. Le maire, lui-même commerçant immobilier, a dit clairement à tous ceux qui veulent l’entendre  : pas de super méga. De plus, il refuse catégoriquement l’élargissement désiré fortement par tous les supermarchés existants. S’ils veulent tant de mètres carrés supplémentaires, c’est un grand NJET.

Avec cette position, le maire a fait un mouvement stratégique assez intelligent. D’un coup, il a mis de son côté tous les commerçants existants, qui ne doivent plus avoir peur de la concurrence dans les franges de la ville. En même temps, il rassure des commerçants qui cherchent un endroit pour s’installer. C’est le marché ouvert – tu veux commencer un commerce  ; pour tes investissements tu cherches une ville avec peu de concurrence et beaucoup de clients potentiels, mais surtout  : de la stabilité  ! Quand le maire promets qu’il n’y aura pas de projets pour vous faire la concurrence, ça rassure, quoi.

Comment ça marche?

Alors quand de nouvelles entreprises viennent sonner à la porte pour demander quelles sont les possibilités, la mairie essaie de les orienter vers le centre. La municipalité voit avec les propriétaires des bâtiments susceptibles d’être utilisés pour ouvrir de nouveaux-venus. Mais quand il y a une entreprise qui souhaiterait mettre un hangar à bouffe ou à fringues – pardon, des «  services à la personne  » – à 2  km du centre, là encore, ça ne marche pas. Njet  ! Tout est fait pour faire vivre l’existant. Et si ça veut dire qu’une parfumerie s’installe dans une maison historique du XVIe, soit.

Difficultés à survenir – les supermarchés

Bien sûr, un choix pour les petits commerces veut aussi dire qu’il faut oser dire non à d’autres choses. Ce n’est pas toujours facile, surtout envers des directeurs de grandes surfaces qui ont déjà investi beaucoup dans la ville. Qui ne sont pas contents de ne pas pouvoir élargir. Car tout le monde le fait  ! Il faut savoir se défendre. Une anecdote  : quand le lobby pour un nouveau supermarché utilisait l’argument des emplois créés, les commerces de Louhans ont tous mis une petite affiche dans les vitrines  : «  Ici travaillent 3 personnes  »  ; «  Ici travaillent 2 personnes  », etc. Il s’avère que le centre-ville et les arcades de Louhans sont parmi les plus grand employeurs du département  ! Or si on crée de la concurrence à l’extérieur, la poissonnerie et la parfumerie ne vont pas tenir. On siphonnerait le centre et détruirait l’identité de la ville.

Difficultés à survenir – les propriétaires

Dans Louhans il y a – comme partout – des propriétaires qui se foutent de la revitalisation du centre-ville. Ils ont un local avec affectation commerciale dans un coin peu populaire et préfèrent le laisser crever plutôt que de mettre encore de l’argent dedans. Ils louent et vendent trop cher et par leur réticence, tirent tout leur quartier vers le bas. Heureusement en France il y a une loi qui permet de lutter contre ce problème  : La taxe sur les friches commerciales. Pour ceux qui ont la flemme de cliquer le lien  : il s’agit d’une augmentation de 10 à 40  % de la taxe foncière pour les proprios qui ne font pas assez pour faire vivre leur local. Comme dit l’élu Olivier Martin dans le JSL  : « L’objectif n’est pas de faire rentrer de l’argent, mais de soutenir la dynamique commerciale qui est un des atouts de Louhans. » Bien sûr cette taxe ne s’applique pas comme ça. La mairie va d’abord appeler le proprio et lui proposer de l’aide pour la vente ou la location du local. Et il ne faut pas oublier l’effet bénéfique secondaire  : on montre aux autres qu’on fait quelque chose pour dynamiser la ville.

Conclusion

Un maire commerçant, quand il veut améliorer les choses, il utilise des outils de commerçant, tandis qu’un maire issu de l’immobilier essayerait de vendre et louer des locaux (à Louhans ils ont le bonheur de tomber sur un maire qui sait faire les deux).
Tous font se qu’ils peuvent. Un maire qui vient de l’industrie, probablement, chercherait la solution dans le développement d’usines, des emplois, des ouvriers. Pendant qu’un maire qui vient du monde de la construction se pencherait plutôt vers le développement de nouveaux bâtiments, des rues, des zones d’activités… Chacun essaye de gagner de l’argent pour la ville avec les outils qu’il connaît et préfère.
C’est louable, mais parfois ça vaut la peine de regarder en dehors des contraintes de sa propre discipline pour identifier les best practices, les idées qui ont fait preuve d’efficacité, pour les adopter.

Page Facebook Frédéric Bouchet
Site Internet municipal de Louhans

Une réflexion au sujet de « Revitalisation du centre-ville: un œil sur le modèle idéal: Louhans »

  1. Buhagiar

    Merci pour l’article! Je savais que Louhans était dynamique, mais j’ignorais comment ils avaient redressé la barre. C’est chose faite et bien faite !

    Répondre

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