Éclat ou pas d’Éclat? C’est ça la question.

Cette semaine, un tract a atterri dans beaucoup de boîtes au lettres à Tournus, titré:

Pas d’ÉCLAT !

Mais est-ce tellement mauvais, ce projet Éclat? Je ne suis pas certain, mais je suis toujours ouvert aux arguments. Alors regardons ensemble quels sont les raisons pour dire ‘Pas d’Éclat!’.

Qu’est-ce que le projet ÉCLAT ?

Septembre 2019: le président du Conseil départemental annonce sa décision d’implanter un parc d’attractions historiques à la sortie d’autoroute TOURNUS. Il a choisi des investisseurs privés et développe le projet avec eux, en grand secret. Le maire de Tournus affirme son soutien au projet, « une chance pour Tournus ».

Bon, ce petit ‘en grand secret’ ferait presque penser que c’est un complot payé par Georges Soros qui travaille au ‘Grand reset’ avec le 5G et les vaccinations tueuses. Quand on développe un produit commercial c’est assez logique qu’on ne le crie pas des toits si on veut rester devant la concurrence. En plus, ils ne voulaient rien dire avant d’être certain que ça allait se faire, et où.

Le lavoir ‘En Baraban’

Janvier 2021 : aucune information sur le projet n’est communiquée à la population locale.Seule la date d’ouverture, 2023, est confirmée. Le parc ne fonctionnerait que pendant la saison touristique. L’ampleur du site n’est pas connue, dans une fourchette de 7 à 40 hectares selon les annonces contradictoires. Les propriétaires des terres agricoles convoitées sont approchés par la SAFER en vue de l’acquisition de leur bien.

Il est vrai qu’on ne sait pas grande chose sur le projet pour l’instance. Le silence est assourdissant. Si ils veulent bien créer un certain niveau d’acceptation et même d’enthousiasme parmi les habitants de Tournus, ce serait temps de communiquer un peu plus. Ou au mois de communiquer.

Collectif Pas d’ÉCLAT, qui sommes-nous ?

Des personnes et des associations alarmées par ce projet onéreux, inutile, désuet et destructeur ; il ne répond pas aux activités essentielles qui font vivre une population et aux valeurs que nous défendons.

Nous venons d’horizons divers : des habitants du site même ; des agriculteurs cultivant ces terres ; des habitants de Tournus, des communes environnantes en Tournugeois, de plus loin en Saône-et-Loire ; des personnes et associations actives dans le domaine de l’agriculture, du tourisme, de la préservation de l’environnement, de la valorisation du patrimoine…

Nous sommes tous attachés à la démocratie et à la participation citoyenne.

Moi aussi j’y suis attaché. J’ai lutté aux côtés de Bertrand Veau et son équipe contre Claude Roche et Leclerc pour installer Tournus Citoyens et leurs valeurs de démocratie participative. Je travaille dans le commerce (Galerie Nakai) et dans le tourisme (guide touristique) et je gère plusieurs sites pour promouvoir Tournus, dont www.de-tournus.com et www.tournus.nl.
Par contre… si on veut appeler un project ‘onéreux, inutile, désuet et destructeur‘ il faut aussi présenter des arguments. Allons voir donc…

Pourquoi refuser le projet ÉCLAT ?

  • Le sacrifice irréversible de bonnes terres agricoles. En 2021, nous ne pouvons plus accepter cette destruction de terres au profit de vastes parkings et bâtiments fantômes vides au moins la moitié de l’année. A l’heure de la transition écologique, de la nécessité de réduire les transports et développer les circuits courts, la présence de riches terres aux portes de la Ville est un atout considérable que ce projet mettrait en danger.

Pour que je sache, les terres agricoles En Baraban n’étaient utilisés que pour cultiver mais, tournesol, colza. Pas vraiment intéressant. Connaissant Bertrand Veau je suppose que le projet Éclat prendra soin de dénaturaliser un minimum, peut-être avec des parkings bien végétalisés et des toits verts. Bien sûr, le développement économique aura toujours un prix. Mais sans alternative pour l’utilisation des ‘riches terres’ – par exemple pour la cultivation de légumes bio pour les habitants – il est mieux de créer quelque chose que de continuer sans vrais projects. Si – et c’est encore une question – on mise sur la croissance.

  • Un étalement urbain en lieu et place d’un milieu naturel en bord de Saône, contraire aux objectifs de zéro artificialisation des sols.

Les mêmes arguments. Oui, dommage que les sols soient artificialisés. Mais ne rien faire n’est pas une solution non plus.

  • Un parc d’attractions historiques : mauvais outil pour développer le tourisme culturel en Saône-et-Loire. Il est aberrant de créer des copies en carton-pâte (ou en bois) du patrimoine authentique existant. C’est une injure aux citadins, commerces et associations qui s’efforcent de faire vivre par le tourisme le centre- ville de Tournus et les sites voisins. D’autant plus que comme avec tous les parcs d’attractions, les clients à la journée repartiront aussi vite qu’ils sont venus, sans visiter les alentours.

Alors là, on touche où ça fait mal. L’idée de faire un parc d’attraction ‘grand public’ peut heurter des personnes sensibles. Mais ce n’est pas dit qu’on fera des copies du patrimoine existant. Ce ne serait pas très malin de faire une copie de l’Abbaye Saint Philibert quand on en an un vrai. Ceci est un argument ‘homme de paille’: on crée un image de ‘copies carton-pâte ‘de patrimoine pour ensuite le dénoncer. Le fait est qu’on ne sait pas ce qu’ils veulent créer. Ça pourrait aussi être de la grande classe.
Pour dire que les clients de la journée ne visitent pas ailleurs, ce n’est pas certain. Le parc de référence ‘Puy du Fou’ est un vrai moteur de l’économie Vendéen, comme le dit par exemple cet article. Et ailleurs on peut lire que 35% des visiteurs restent plusieurs jours. Si le parc atteint son cible de 200.000 visiteurs par année et 10% reste une nuitée, ça fait 7.000 nuits vendus pour le Tournugeois (si on compte 3 personnes par famille).

  • Un modèle économique obsolète, mis à mal par la crise sanitaire, et des précédents inquiétants. Les échecs des parcs à thèmes sont nombreux partout en France (Mirapolis, Toison d’or, Archéodrome, etc.) et les collectivités sont le plus souvent appelées à les subventionner ou les refinancer (Vulcania en Auvergne, Maison de la Mer à Biarritz). Sans oublier les fonds publics utilisés pour l’aménagement des voiries et réseaux et pour la promotion du site, détournant ainsi les fonds destinés à promouvoir le tourisme patrimonial et culturel du Département. Quant aux quelques emplois promis, saisonniers et précaires, ils pèseront sur les finances publiques (allocations chômage, cotisations retraite). Laisser se faire ÉCLAT risquerait de coûter cher aux contribuables.

Alors là, c’est vrai qu’avec le Coronavirus, il est difficile de gagner de l’argent. Le Puy du Fou perd des millions, cette année. Per contre, normalement ils font beaucoup d’argent et ils sont même en train d’ouvrir de nouveaux parcs à l’étranger, comme à Tolede, Espagne.
Quant au ‘détournement’ de fonds pour le tourisme patrimonial et culturel… Bien que d’une catégorie assez populaire, ce projet rentre très bien dans la définition de ‘promotion tourisme patrimonial et culturel’.
Bien sûr, il y a un risque financier. C’est normal quand on commence une entreprise. Par contre, même une centaine d’employés en CDI veut dire une centaine de familles qui viendront vivre et consommer à Tournus. Et les gens qui travaillent dans un job saisonnier recevront moins d’allocations chômage que ceux qui ne travaillent pas du tout.

  • Le modèle du Puy du Fou est impossible à copier. Il repose avant tout (et dès le départ) sur 4000 bénévoles, investis et concernés par l’initiative historique contrairement au projet ÉCLAT qui n’est entré en lien avec aucune des associations locales.

Là encore, je ne sais pas. Une petite recherche sur internet montre que le bénévolat au Puy du Fou est très populaire parmi des jeunes. C’est un monde à part, comme l’était autrefois les vendanges. Si ce sera possible de copier… pourquoi pas. Il y a du demande. Apres, il faudra que de l’organisation. Si ça marche, c’est encore des centaines de consommateurs qui viendront vivre plusieurs weekends par année à Tournus.

  • Une manière d’agir opaque et antidémocratique, aux antipodes de la mobilisation citoyenne portée il y a seulement quelques années contre la construction d’un hypermarché sur le même site.

Alors là, oui, je suis d’accord. Si on pose des questions légitimes sur ce projet, on encontre un petit gout de mépris, genre « Ne vous mêlez pas des affaires des grands. On sait se qu’on fait » et même: « On a été élu, alors on fait ce qui nous semble bon. » Exactement les mêmes (non) arguments qu’employait l’équipe Roche avant. On n’a pas luté avec passion et énergie pour une démocratie participative pour être balayé de côté par les nouveaux élus.

Alors, que faire ?

Tournusiens, Tournugeois, habitants de Saône-et-Loire, unissons nos efforts pour donner du sens à l’aménagement du territoire, à notre paysage et à la vie de notre région.

Rejoignez-nous pour agir ensemble : pasdeclat@protonmail.com

Le collectif Pas d’ÉCLAT

Il y a un argument que je ne trouve pas dans ce tract, est c’est l’argument de la décroissance. On peut se demander si dans notre temps il est encore utile d’investir pour gagner plus, créer des emplois, créer de la richesse (car ou, il y aura des investisseurs qui veulent voir un retour sur leur argent), inciter des gens à monter dans leur voiture pour venir se faire divertir.
Et il y aura peut-être des alternatives qu’on n’a pas regardé ou étudié.

Mais bon, je suppose que M. Badey n’a pas envi de mettre 42 millions en la restauration de l’église de la Madeleine, ou dans des cultures de légumes bio En Baraban, où le retour financier est moins intéressant ou inexistant. Avec ce projet Éclat, il prend un risque calculé, et vu son trajet jusqu’à maintenant, on pourra probablement lui faire un peu de confiance.

Par contre, si ce projet  marche malgré les dangers lié au Covid et les changements économiques et touristiques, si on arrive a faire venir des touristes et des bénévoles en grand nombre, cela entrainera certainement un ‘boost’ économique important pour Tournus et la région.

Faudrait seulement commencer à nous parler au lieu de continuer de jouer avec toutes les cartes faces cachés.

7 réflexions sur « Éclat ou pas d’Éclat? C’est ça la question. »

  1. degre

    pour le peu que j’en connaisse (comme tout le monde) en fait d’investissement privé , il me semble que le département et la région sont aussi là par le biais des subventions ,donc privé pour la gestion et les benefs ou en partenariat ????? dans quelles proportions ????

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  2. Bug.

    Je confirme les aides publiques mais me souviens plus des poucentages, la plus grosse partie était privée (dans un premier temps, quand il faut sauver le bouzin on fait appel au public…)

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  3. Aubrac Dominique

    Incroyable que l’on envisage encore en 2021 ce modèle économique obsolète, destructeur de terres et d’ecosystemes.
    N’avons nous donc aucune imagination pour les futures générations, pour nos jeunes, seulement des emplois très précaires, mal rémunérés, au milieu des voitures, de la restauration rapide et d’attractions de pacotille ?
    Les futures projets devraient être vertueux, respectueux de l’environnement, fédérateurs, écologiques et non pas pensés afin de profiter à quelques commerçants.
    Les urbains et touristes veulent decouvrir les terroirs et le patrimoine, des balades, sur la route des vacances, pas le énième parc en carton. Developpons les rives de Saône, des balades et randonnées en famille, autour de Tournus, développons les pistes cyclables et circuits velos pour les familles, location de vélos, pietonnisation du centre de Tournus, favoriser les commerces éphémères de produits locaux …

    La Bourgogne et Tournus méritent mieux que ces vieilles lunes.

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    1. Dominique ROUX

      Entièrement d’accord sur ce commentaire.
      On a laissé les villes s’entourer de zones marchandes … et maintenant, on va construire des parcs en carton avec chaque fois un sujet soi-disant « culturel » , l’histoire, le jeu, le sport …
      Des constructions en général de mauvais goût, qui cachent en fait toute la beauté et la vérité du lieu qui les entoure.
      (Ca me fait penser à Auschwitz que l’on peut visiter comme un parc ……….)

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    2. Geoffrey Gautheron

      Pour mémoire une réunion de présentation au palais de justice a été faite il y a une environ 1 an, entre le département et dans mon souvenir une centaine d’acteurs économiques locaux.
      J’étais présent à cette réunion, M. Hakkenberg aussi. Nous avons eu la possibilité de poser des questions, faire des remarques et des suggestions.

      Étant donnée la grande complexité de l’élaboration d’un projet territorial de cette envergure, avant de commencer à juger plus en détail, il me semble pertinent d’attendre qu’une étude de faisabilité complète soit rendue par des professionnels, synthétisant les problématiques géographiques, urbanistiques, paysagères, géologiques, géotechniques, environnementales, archéologiques, historiques, patrimoniales, infrastructurelles, énergétiques, agricoles, économiques, sanitaires, réglementaires, juridiques, architecturales, scénographiques, entrepreunariales, sociales et même sociétales.

      > Critiquer un « modèle économique obsolète, destructeur de terres et d’écosystemes » avant même de connaitre les variables et propositions , ça correspondrait à un patient qui critique son chirurgien sur l’opération qu’il imagine qu’il pourrait recevoir, alors que le médecin n’a pas encore fini son diagnostic et encore moins sa proposition de traitement.

      = Effet Dunning-Kruger

      Les nouveaux consommateurs ne sont plus dupes et veulent et voudront toujours plus de tourisme responsables, et ça, les professionnels l’ont déjà bien compris. Ca ne me semble d’ailleurs pas du tout incompatible avec la zone nord de Tournus, qui pourrait aussi accueillir le meilleur : par exemple des terres en permacultures pour la production alimentaire nécessaire au parc et aux écoles de la villes, de la production énergétique locale, des ateliers de partage de techniques de rénovations sur le bâtiment ancien sans risque d’abimer des vraies monuments, idem pour l’archéologie et les fouilles, des enseignements historiques permettant la réappropriation et la revalorisation du patrimoine oublié, des accès en train, bus, navette électrique, le tout proposant des emplois et donc amenant des gens à loger dans le centre ville, dans des immeubles qui peuvent ainsi enfin se rénover, etc…

      De part sa situation exceptionnelle, c’est certainement un outil qui sur fond de divertissement, pourra sensibiliser et faire du bien largement au delà de Tournus, à un niveau national, et même au delà, pour autant que les critiques à venir soient constructives et lui permettent de voir le jour et d’évoluer.

      A bon entendeur.

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  4. MATRAT

    Bonsoir, pour ma part, il me semble qu’il y a d’autres choses plus importantes à faire si vous avez le portefeuille trop plein. Il manque à Tournus un service médical plus complet, échographie, radiologie, scanner, IRM, ophtalmologue, cardiologue, pneumologue et bien d’autres. Il faut se rendre à Chalon ou Mâcon, nous sommes situés à peu près au milieu, ce qui prendrai pas mal de personnes concernées aux alentours avec un bonus de temps de risques sur la route et les rendez-vous plus courts. Et laissez donc travailler ceux qui nous nourrissent tous les jours dans les terres, ce qui évitera en plus des inondations de ville importantes, pour travailler ou pas 6 mois de l’année, avec un relai petit train depuis la gare ou des taxis navette.

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